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Plasticienne autodidacte depuis 20 ans, j'explore simultanement
plusieurs voies: peintures, écriture, objets, bijoux, installations
éphémères s'entremèlent et se répondent,
s'enrichissent et se fécondent dans une pratique décloisonnée
instinctive dont les fruits hybrides et les multiples ramifications forment
au terme d'un long
( mé) tissage une arbor/essence chaque jour redessinée.
Primitif et contemporain à la fois, profondément enraciné dans une humanité
millénaire et cependant d’une forme résolument « actuelle », ce travail
polyvalent est resté très longtemps pour moi un élan totalement mystérieux,
incompréhensible, irrésistible et pourtant toujours signifiant, que je
signai, d’instinct, les Mythes et moi. La formule, venue spontanément,
s’imposant, pour tout dire, parlait d’elle même…
Cependant, dans cette pratique foisonnante qui a largement débordé
l'atelier pour devenir la matière même de mon existence,
le bijou occupe d'emblée une place majeure, centrale même,
comme une nécessité: colonne vertébrale, tronc, coeur:
axe autour duquel tout le reste se déploie en variations infinies.
Car à travers le bijou s'opère la rencontre de la matière
avec
le corps (où le bijou inscrit sa trace solidaire articulée),
ce carrefour de peau à cinq branches où l’espace intérieur
de l’être (Microcosme) rencontre l’Espace tout court (Macrocosme), lieu
d’émotion (é-mouvoir : mettre en mouvement) et de tous les échanges
: du plus « physique » (gestes) au plus subtil (pensée – langage – mémoire).
Le Corps : là où l’Etre se connaît au monde (co-naître : naître avec.)
Théâtre, aussi, de la rencontre de l’Autre (Frère-semblable et/ou différent).
Lieu où l’on se dit dans ce que l’on donne à voir (Image) de soi, le corps,
par les sens duquel aussi le monde nous pénètre et nous « touche ». Porter
un bijou c’est incorporer (au sens le plus littéral) un peu de la matière
du Monde dans la matière vivante et sensible du corps : le bijou s’inscrit
dans l’espace mobile du corps qui s’inscrit lui même dans l’espace du
monde. La boucle est bouclée, le cercle, l'anneau magique: la Roue
peut tourner...
Mais, au delà de la vocation de parure ( dont nous avons
aujourd’hui hélas oublié, pour une large part, la signification véritable
pour n’en conserver, considérablement « affaiblies » que la dimension
de l’embellissement et celle du « marquage » social)
LE BIJOU PRIMITIF EST D’ABORD UN RAPPORT DE SENS,
un « Lieu » de projection mythologique, un OBJET SACRE : IL parle de la
puissance originelle du Monde et des Eléments, il investit son propriétaire
de cette puissance et de cette protection – il opère un TRANSFERT des
forces primitives du Macrocosme au Microcosme. Objet d'une invisible connivence,
il symbolise
plus que tout autre le lien qui unit tous les règnes
( minéral, végétal, animal et humain).
En ce sens, porter un bijou est avant tout un RITUEL MAGIQUE où la dimension
esthétique, loin d’être une « frivolité» , joue pleinement son rôle de
séduction : être PARE, au double sens, c’est à la fois «être plus beau»
et «être prêt»(à affronter le monde) Etre Paré, c’est être plus « visible
», plus « attractif » et plus puissant dans la tribu des hommes – parce
qu’investit des forces secrètes de l’Univers.
Inscrite pleinement dans cette lignée, ma recherche plastique
possède une dimension ésotérique totalement archaïque.
Dans une langue formelle symbolique et silencieuse dont nous gardons tous
la trace enfouie au plus profond de nos cellules et dans le vaste champ
obscur d’un inconscient collectif toujours vivant, elle traduit ,comme
aux temps reculés, quelque chose de la puissance oubliée du Monde, de
sa beauté, et de son sens.
Elle parle de l’Univers, de l’Homme et des Etoiles, de la Matière et de
l’Esprit qui l'anime, de l’Inspiration, des cailloux et
du vent , du temps qui passe et qui érode ou enracine… Elle explore notre
place possible…Elle est, en somme, l’aspiration à voyager,
le «dire» d’un ailleurs toujours vivant et constamment mobile, elle en
est la trace tangible perpétuellement ré-explorée…
Comme tout acte de création mon travail exprime une dynamique fondamentale
: respiration qui est la vie elle même ;
et parce qu’il touche le corps comme en son centre (et à travers le corps
la Mémoire totale de l’Etre), il place l’Homme au cœur
de cette création, révélant ce qu’Il est : un carrefour
palpitant,
une étoile en mouvement, en devenir, dans un espace où les frontières
(temporelles, culturelles) s’abolissent
au profit d’un sens archétypal. Il fait de celui qui l'accueille le lieu
mystérieux d’un autre savoir et d’une autre expérience. |